Plaidoyer contre la chasse : superbe ! "Le chasseur est un imbécile"

Publié le 17 Octobre 2013

Plaidoyer contre la chasse : superbe !

"Le chasseur est un imbécile"

JACQUES SAMSON

Collaboration spéciale

Le Soleil

(Québec) Quand j'écris «le geste d'un imbécile», sachez que je pèse mes mots, vous ne pouvez pas imaginer tous les qualificatifs qui me passent par la tête et ils ne sont pas moins durs, sinon plus que le mot imbécile. Ils ne seraient cependant pas publiables dans un journal comme Le Soleil.

D'abord, je laisse un lecteur, Yves Guillet, vous raconter une histoire qui m'a carrément révolté, écoeuré et qui démontre jusqu'à quel point, parfois, l'être humain peut être stupide. Il l'a intitulé : Et vlan! Un de moins...

«Je passe mes étés à Saint-Vallier au bord du fleuve. Je le trouve beau, majestueux, changeant, vivant. Il est à nous tous. Je le respecte. J'en prends soin, je nettoie la grève de ces saloperies de plastique qu'apportent les marées (puisqu'on l'utilise comme une poubelle). Lorsqu'on y marche, c'est propre. Je le fais pour moi, mais pour les autres aussi. Un minuscule effort pour améliorer le monde.

«Les aigles à tête blanche, appelés pygargues, sont présents chaque jour, au fil des marées, au fil des vents. Ils sont beaux, majestueux, eux aussi. Je les respecte, j'observe leurs vols, leurs chasses, leurs déplacements. En vol, ils ont une envergure qui dépasse ma taille, et je suis grand...

«Bien qu'il soit le symbole américain, présent partout chez eux, il a longtemps été menacé par les pesticides. Depuis quelques années, la population se refait et augmente. Il nous revient donc chaque printemps pour venir nicher dans nos contrées.

«Dans la dernière semaine d'août, je marchais sur la grève comme chaque jour. J'aperçois un tas de plumes un peu enterré dans le gravier déplacé par la marée : un jeune pygargue à tête blanche, récemment échoué. Cela m'attriste de voir cette belle bête réduite à un tas de plumes mouillées.

Ses parents ont franchi des milliers de kilomètres pour venir le mettre au monde, l'alimenter, lui apprendre à voler, à se nourrir, à se méfier des humains...

«On aurait pu le voir revenir le long de nos grèves chaque été, voir sa couleur changer, car il devient mature à cinq ans. On n'aura pas cette chance. Il n'a pas eu de chance. Il ne pouvait échapper à cet écervelé qui lui a tiré dessus (car il a une blessure causée par une balle en plein centre de la poitrine). Un lâche, armé, contre l'oiseau, inoffensif, sans défense. Combat à sens unique. Comme un couteau dans le dos.

«Il s'est bien amusé, ce "chasseur". Plaisir bien éphémère, bien égoïste, bien futile. À quoi bon? Et après? On passe à autre chose, on va flatter son chien, mais on tire sur un corbeau, un petit suisse, on tue. Si ce besoin est incontrôlable, il y a, l'automne, une chasse à l'oie. Le troupeau dépasse le million de têtes, il n'est pas menacé. En plus, de l'oie, ça se mange. Pas du pygargue.

«Allez, un effort, "chasseur", montre-nous que tu as plus qu'une cervelle... d'oiseau!

Si, avec cette lettre, je n'en convaincs qu'un à réfléchir avant de tirer sur n'importe quoi qui bouge, pour le fun, il y en aura un de plus qui aura fait un minuscule effort pour améliorer le monde...»

À la lecture de ce courriel, vous ne pouvez pas me dire que ce geste n'est pas le geste d'un pur imbécile. Moi, je ne crois pas qu'il s'agisse d'un chasseur, je crois plutôt que c'est un sinistre crétin qui tire sur tout ce qui bouge, juste pour le plaisir de tuer. Je connais beaucoup de chasseurs, et je sais à quel point ils sont respectueux de la nature, et aucun d'entre eux ne tirerait sur un pygargue à tête blanche.

En voie de rétablissement

Ce majestueux oiseau a été longtemps menacé de disparition, vulnérable aux insecticides et au plomb, mais aujourd'hui, son espèce est en voie de se rétablir. Quand en 2000, je me suis installé sur le bord du fleuve dans Bellechasse, il nous arrivait très occasionnellement d'observer un pygargue. Aujourd'hui, c'est tous les jours que nous en voyons passer. Depuis le début de l'été, j'observe deux adultes et trois immatures pratiquement quotidiennement. C'est un magnifique spectacle.

Que le toto qui a tué ce pygargue ne vienne pas me faire croire qu'il a confondu cet oiseau avec une autre espèce. Un pygargue, ça ne ressemble pas à une grande oie des neiges ni à une bernache du Canada. Un pygargue, ça ressemble à un pygargue; un point c'est tout.

Le pygargue est un oiseau mythique, vous n'avez qu'à en parler aux Hurons-Wendat et vous saurez à quel point il est partie intégrante de leur culture. Il y a quelques années, des Hurons avaient trouvé un pygargue immature très mal en point dans la région de Portneuf. C'était dans la période de Noël. Durant quelques jours, ils ont tout fait pour le maintenir en vie et pour eux, la découverte de cet oiseau, c'était un signe du ciel.

Voyant qu'ils ne pouvaient pas le sauver, ils ont communiqué avec Robert Patenaude, qui était vétérinaire au zoo de Québec. Ce dernier a entrepris les démarches pour qu'il soit accueilli à la Clinique des oiseaux de proie de Saint-Hyacinthe.

C'est moi qui avais conduit l'oiseau à la clinique du Dr Guy Fitzgérald. Quelques jours plus tard, j'ai appris que l'oiseau était mort d'une forte intoxication au plomb. Quand j'ai appris aux Hurons qu'il était décédé, j'ai senti chez eux une profonde désolation. Ils m'ont demandé de récupérer les plumes symboliques du pygargue. J'ai transmis le message au Dr Fitzgérald et il m'a assuré qu'il leur enverrait les plumes.

Quand on connaît l'importance de cet oiseau dans la culture d'un peuple, le geste qu'a posé le tireur est d'autant plus imbécile.

Quand on trouve un oiseau de la famille des rapaces mort, sachez que c'est un oiseau à déclaration obligatoire. Il faut en informer les agents de la Faune qui, eux, donneront suite à votre découverte.

Cependant, ce n'est pas toujours facile de faire ce signalement. Quand cela arrive un vendredi après-midi à 16h au début d'une longue fin de semaine de congé, ce n'est pas évident. M. Guillet a multiplié les appels sans vraiment trouver de réponse. Il a avisé finalement Conservation de la nature Canada et il espère qu'ils ont fait le suivi nécessaire.

Si jamais la chose vous arrive, communiquez avec SOS Braconnage au 1 800 463-2191 ou par courriel à centralesos@mrn.gouv.qc.ca.

 

 

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Le 17 octobre 2013 for - texts, links and pictures - checked and locked and saved.

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Rédigé par Patrick FRASELLE

Publié dans #Chasseur, #Oiseaux

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Flore 24/11/2015 16:33

Les chasseurs représentent moins de 2% de la population, mais s’approprient la nature tous les jours de la semaine pendant 9 mois de l’année, au détriment des 98% restants. Pour que nos weekends ne soient plus annexés par les chasseurs et pour des balades en toute sécurité : signez cette pétition http://www.mesopinions.com/petition/animaux/arret-chasse-dimanche/15814 et partagez-la !